Éthiques de la littérature : 45e Congrès de la SFLGC
4 juin à 9:00 am - 6 juin à 6:00 pm

Les potentiels de la littérature pour la réflexion éthique ont depuis longtemps attiré l’attention des chercheurs en littérature comparée. Les travaux de Martha Nussbaum, Cora Diamond, Sandra Laugier ou Jacques Bouveresse ont apporté des contributions remarquables à la philosophie morale, à la théorie littéraire et à la pensée critique, façonnant de manière significative notre compréhension des liens profonds qui unissent éthique et littérature. Selon la philosophe et écrivaine américaine Iris Murdoch, nous sommes partout et en tout temps confrontés à des questions éthiques. Et c’est la littérature qui est le mieux placée pour nous en faire prendre conscience : en effet, notre univers moral est pour une bonne part littéraire, il se construit dans une relation à des œuvres, à des références et à des modèles littéraires. Si le roman, et la littérature en général, sont de remarquables laboratoires d’éthique, c’est que nous y sommes sans cesse confrontés à des situations où des décisions éthiques s’imposent : « comment réussit-on à vivre ? », « comment doit-on vivre ? », « comment peut-on vivre ? ». La littérature, sous toutes ses formes – roman, poésie, essai, théâtre, mais aussi les fictions destinées au grand public (séries, films, B.D.…) -, traite de la difficulté d’habiter le monde. D’où l’intérêt souvent passionné que nous portons aux personnages de fiction, à leurs désirs et à leurs émotions, à leurs problèmes et à leurs conflits éthiques, aux aventures morales dans lesquelles ils sont impliqués. La littérature peut acquérir une dimension éthique, dans la mesure où elle parvient à transformer le lecteur et son rapport à l’expérience vivante en lui proposant des possibilités de vie nouvelles : elle fait partie de sa vie. Elle ne se contente pas de donner des exemples ou des illustrations de la vie morale, mais elle agit sur nous en nous invitant à prendre part à « une aventure de la personnalité » (Nussbaum) qui est à la fois intellectuelle (conceptuelle) et sensible (affective, émotionnelle) : elle sollicite à la fois nos sentiments et notre réflexion, tout en nous invitant à fournir un travail de l’imagination qui consiste à se mettre à la place d’autrui et à se demander ce qu’on ferait à sa place.
Si nous mettons ici le mot « éthique » au pluriel, c’est pour mettre l’accent sur la pluralité et la complexité des relations entre éthique et littérature, sur le fait qu’il existe plusieurs approches et perspectives éthiques susceptibles d’être explorées à travers les œuvres littéraires. C’est aussi une manière de souligner la variété des questions éthiques et morales soulevées par la littérature, qui reflètent la diversité des valeurs, des normes et des dilemmes éthiques dans la société. Ce pluriel souligne également le fait que différentes écoles de pensée en éthique peuvent être mobilisées pour analyser les œuvres littéraires, telles que l’éthique de la vertu, l’éthique déontologique, l’éthique conséquentialiste, etc. Ce pluriel fait enfin référence à la variété des voix et des perspectives présentes dans la littérature, chacune offrant son propre angle d’attaque et ses propres questionnements.